Les mots qui te parlent #14 – N : Névrose

Névrose : « Affection nerveuse, caractérisée par des troubles émotionnels et affectifs, qui n’altère pas les fonctions intellectuelles. »

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Nous sommes tous névrosés. Nous sommes défectueux – tout le délice de l’imperfection réside dans la névrose – Ce sont les troubles psychologiques ou psychiques qui nous empêchent et qui nous freinent.

On aimerait parfois se blottir tout au fond de soi; être à l’intérieur de la plus pure obscurité, redevenir embryon pour se calmer et être à nouveau « ex nihilo ». Respirer cloîtrés en restant loin de ce monde infâme qui nous fait croire que nous sommes nous et puis que nous changeons, que nous nous perdons et puis on ne sait plus. Oublier cette dimension qui paraît belle et lumineuse, pour l’obscure et chaleureux confort d’où l’on vient et dont on ne se souvient pas lorsque nous atterrissons violemment en milieu hostile, où le bien être est nature mais qui pourtant reste une perpétuelle quête.

La névrose est une perturbation qui permet l’éternel conflit intérieur. Nous naissons malades, mais cela reste bénin, il me semble. Comme si nous étions déformés de la tête mais que nous marchions et parlions parfaitement. Le névrosé rit, sourit et connaît bien sûr la joie, car la névrose n’est qu’une infime partie d’un être. Elle est juste là, comme ça; c’est une petite part de noirceur qui fait surface parfois pour nous dire « eh! Je suis là. » mais on ne lui en veut pas. On aimerait qu’elle ne soit pas là, mais au fond on apprend à la connaître et puis on se dit qu’elle est nous alors tout va bien.

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Lettre à Névrose

Petite névrose, tu tirailles mon cœur et mes tripes,

Je ne t’aime pas particulièrement, mais je t’anticipe.

Je sais que tu es là, c’est indéniable.

Mais si je suis heureuse alors c’est accordable.

Mais dit moi :

Quelle idée de donner naissance à de nouveaux naufragés. Nous errons dans la vie, comme ça, jetés à la mer et on nous fait croire que c’est une chance. Pire pour les naufragés défectueux comme moi. On se casse en morceaux. On se casse les dents et les os. On a mal mais on croit que ça va passer, mais tout le corps fait mal, et tout l’intérieur. Chaque succès est une consolation pour nous faire croire que l’échec est passager. Mais on prend le problème à l’envers. Qu’est-ce que le cerveau est retourné! Même nos yeux nous font défaut. La bouche nouée et le cœur en vrac. On continue d’errer parce qu’on est perdu et qu’on ne sait plus. Qu’on n’a jamais su. Et qu’on en prend conscience avec le temps. On croit savoir alors qu’on ne sait pas, alors on tombe même si on était déjà au sol. On croit flotter jusqu’à ce que nos pieds retrouvent le toucher

Merci névrose, je sais que je peux te parler. Me voilà libérer pour quelques temps. Je ne t’embrasse pas, mais je te dis à bientôt.

 

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